26 Janvier 2005, Boa Vista (Brésil)

            Le 26 janvier, je décolle pour Boa Vista, la capitale de l’état amazonienne, située sur les rives de la rivière Branco.  C’est vraiment dans la jungle amazonienne, mais pas encore sur le bord du grand fleuve.

            Sous une pluie fine, je quitte le plancher des vaches à 15 : 58 hres.  Si vous vous souvenez bien, Urinam est dans une vallée.  Ce décollage s’avère jusqu’à maintenant mon plus gros challenge du tour.  La colline commence en fin de piste.  Il faut donc y aller tout de suite à plein gaz et lever le nez de l’appareil le plus vite possible en priant afin que l’avion atteigne rapidement sa vitesse maximale.  Je remercie tout bas mon Cessna de ne pas m’avoir tenu rigueur de l’avoir ainsi un peu brusqué.  La pauvre, lui aussi a sûrement eu chaud puisque je me suis enfin éjecté de ce coin perdu en rasant la cime des arbres, et toujours à la limite du décrochage.  Durant le dernier kilomètre, mon train d’atterrissage a même dû tenter de conserver quelques feuilles en souvenir.

            Le front perlé de quelques gouttelettes de sueur, je m’embrasse le bout des doigts de la main droite et les pose un instant sur ma sauterelle sculptée que j’ai collée à l’autre extrémité de mon tableau de bord afin de ne pas nuire à ma visibilité.  Pour sa toute première mission, on peut dire qu’elle l’a remplie avec très grande distinction.  Brave Sarbacane Halafu, puisse-t-il vivre centenaire au sein de sa merveilleuse communauté.  Quoique, à tout bien considérer, vu le nombre de rides qu’il affichait lors de la remise de mon précieux talisman, je ne serais guère surpris qu’il s’en approche.

Durée du vol : 1 : 12 hre.  Un trajet sans grand intérêt car la région est plate, autant au propre qu’au figuré.  Pour couronner le tout, je me rends rapidement compte qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de trafic sur les ondes radio.  La désolation mur à mur, quoi !  Je me console toutefois très vite en me faisant jouer des tounes de U2.

            Dans les environs de Boa Vista, il y a l’île de Maracá.  C’est une réserve écologique de 92.000 abritant principalement des espèces en voie d’extinction.  Un territoire situé à environ 100 km au nord de Boa Vista par la BR-174 , qu’on peut joindre via la principale route fédérale de l'Etat.

Les 3/4 de la surface étatique du Roraima sont couverts par la forêt équatoriale, traversée dans le sens est-ouest par la Route Perimetral Norte, (BR-174), dont la majeure partie n'est qu'une piste assez précaire.  Royaume de la flore et de la faune des régions chaudes, le Roraima offre maints attraits aux amateurs de la grande nature sauvage.

La capitale de l’état du Roraima est située sur la rive droite du Rio Branco, une ville tranquille, avec un peu plus de 150.000 habitants, l'une des moins peuplées des capitales des Etats du Brésil.  La Praça do Centro Cívico et le Palácio do Governo se trouvent au centre de la ville, qui a la forme d'un éventail tout autour.  Grâce à son aéroport international, elle est donc facilement joignable depuis les pays voisins et a des vols quotidiens vers les principales capitales des autres Etats du Brésil.

            La tête encore pleine de la merveilleuse musique de mon groupe favori, j’atterris de façon impeccable sur le bitume de l’aéroport international de Boa Vista.

            Donnant mes recommandations d’usage afin qu’on bichonne ma fidèle monture métallique, je grimpe dans un taxi et tends à mon chauffeur de taxi l’adresse que m’a dénichée mon fidèle Den, mon précieux dépanneur et copilote à distance.  On se les gèle toujours dans mon Québec natal.  Par contre ici, aux portes de l’Amazonie, il y fait tellement chaud que j’en éprouve pratiquement du remords.  Le coût de ma course n’étant surtout pas prohibitif, j’entreprends donc mon séjour ici avec optimiste.  Un sentiment qui se poursuit lors de mon accueil à l’hôtel que m’a choisi mon conducteur de chaise roulante. L’endroit me semble calme, propre et bien tenu en ce sens que les personnes que je croise ne me semblent pas du tout déplacées. 

            Une fois dans ma chambre, au troisième étage, ma satisfaction ne baisse aucunement.  Tout est propre et aménagé avec goût.  J’ai même droit à une salle de bain avec bain et douche pour moi tout seul. Je décide de me faire couler un bon bain chaud.  J’y relaxe tellement que j’ai bien failli m’y endormir.  C’est maintenant temps de consulter mon ordi.

            Youppi ! un message de mon « détective privé » !

            « Salut, « l’homme qui vole au-dessus des nuages » à défaut de le faire au-dessus d’un nid de coucou.  Je sais, elle était facile... plate, même.  Elle volait bas, mettons.  Tout ça pour en arriver à l’essentiel de ma nouvelle.  De mes 43 « papa » dit suspects, j’en ai éliminé 8 (tantôt, à tête reposée, tu sortiras ta calculatrice et tu feras le compte).  Je suis absolument sûr de mon fait puisque, vieux renard comme je suis, j’ai été fouillé dans leur récent courrier.  Je sais, je sais...  Tu vas me dire que ce n’est pas bien de fouiller ainsi dans l’intimité des gens.  Mais sans te suivre à la trace, je parierais une roue de ma chaise que toi, tu ne dois pas te contenter de si peu... fouiller dans l’intimité des filles, j’entends. Tu y entres sûrement de plein pied, si j’ose dire.  Oups ! là je crois bien que je me suis trompé de couleur de peau.

            Bref, ceux qui sont passés out n’avaient rien à voir avec toi.  Moi par ricochet puisque, sur tes recommandations, par mesure de sécurité, tout ton courrier est maintenant filtré pas votre humble serviteur.  J’admets que c’est fort astucieux de ta part puisque, ainsi, « Papa III » ne peut désormais plus te retracer.  À moins, bien évidemment, qu’il inonde de courriels tous les hôtels d’Amérique du Sud.  Et lorsque tu changeras de continent, puisqu’il ne connaît pas tes plans futurs, aussi bien dire qu’il sera totalement baisé.  Mais comme nous en avons déjà discuté, ça ne veut pas dire pour autant que celui qui te recherche le fait avec des mauvaises intentions.  Mais comme dirait mon grand-père, Dieu ait son âme : « Vaut mieux être tiré par un cheval malade que de pousser sur un cheval mort. »  Un sage qu’il était le vieil Émile.

            Je poursuis ma propre quête du Saint Graal et je t’en redonne des nouvelles.

            P.-S. : Raymonde a failli avaler son partiel quand elle a lu ma dernière phrase.  Ben bon pour elle, elle n’a qu’à pas le faire par-dessus mon épaule.  Comme tu vois, il n’y a pas que moi qui prends connaissance du courrier d’autrui.  Son râtelier remis en place, elle t’envoie néanmoins ses salutations.  Moi aussi, ça va de soi.  Ciao.  Den. »

            Avec un large sourire éclairant mon visage, je vérifie si je n’ai pas d’autres courriels. Oui, j’en ai un de Ondra, notre petit jeunot du Six Pack, celui de la République tchèque (Czech), la Swissczech comme nous le taquinons depuis qu’un des nôtres a une fois mélangé le nom de son pays avec celui de la Suisse alors que nous faisions tous le point sur notre futur itinéraire via un forum sur Internet.

            « Salut le séparatiste québécois.  Où t’es rendu?Jje n’ai pas eu de tes nouvelles depuis une semaine ?  T’as pas froissé de la tôle, au moins !  Pour ma part, je pars demain pour San Juan, Porto Rico.  Paraît que tu t’y es passablement amusé, foutu coureur de jupon (que tu t’empresses de leur enlever).  Mais ce n’est  pas moi qui vais te jeter la première « bière » vu que, comme tu le sais, je ne déteste surtout pas m’en faire couler quelques-unes derrière cette cravate que je ne porte jamais.  Refile-moi de tes nouvelles, vilain pécheur que tu es.  Ondra, de la République TCHÈQUE ! »

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