7 Janvier 2005,
Bridgetown
Déjà quatre jours que je flâne
à
Direction,
Bridgetown,
Je
n’avais pas sitôt décollé que ça s’est mis à tomber comme des câbles.
Hum... des cordes, plutôt. Pas
un temps pour sortir son chien. M’en
fous, je n’en ai pas. Mais comme
je mène une bonne vie, le bon Dieu m’a récompensé. Je venais d’aborder la
seconde tranche de mon court trajet de
Mais
le ti-Jésus, il sait aussi faire son petit comique.
À peine je venais de discerner la côte barbadienne que les écluses
ouvertes se sont de nouveau. Une
vraie chute ! Comme si tous les
nuages de la région s’étaient fait un nœud dans le zizi et qu’ils
attendaient le moment précis que je me présente sous eux pour se soulager.
Méchante douche ! Je
n’avais cependant pas dit mon dernier mot.
Vous me connaissez, hein ? Moi
les aéroports alternatifs, c’est pas pour moi. Quand je me dirige à quelque
part, j’y attéris !
Sac
sport en main, je passe la douane sans problème.
Et pourquoi en aurais-je, hein ? Je
grimpe dans le premier taxi de la file. Béni
des dieux comme je suis, c’est une fille au volant.
Une belle grande Noire, autant de cheveux que de peau, frôlant la
trentaine, pour peu que mon pif ne se soit pas détraqué.
Comme je me fous royalement des préjugés racistes concernant la
conduite automobile, je lui dédie mon plus beau sourire.
Étirant la main vers son meeter, elle me le rend via son rétroviseur.
Je la soupçonne toutefois de sourire par appât du gain.
Bof...
- Mornin’
! How’ you, qu’elle
m’accueille avec son accent bajan, du créole anglo-américain.
- Good
morning ! Fine, thank’s, que
je lui réponds avec mon plus bel accent québécois, pure laine.
Pas plus con qu’hier, du moins je le crois, je lui demande de me
conduire au Gran Barbados Ressort, rue Aquatic Gap.
Les suites présidentielles, pas besoin de ça pour épater les
demoiselles. Mon charme suffit
amplement. Je le sais car j’en ai
eu confirmation de nombreuses fois. Une
preuve supplémentaire, la taxi girl ne me quitte pratiquement pas des
yeux dans son miroir intérieur.
Par réflexe, je lui demande si elle est libre pour le soir même.
Elle éclate de rire et me laisse sur mon appétit.
En temps normal, je n’en serais pas resté là.
Mais voilà, une certaine Juanita venait d’un peu trop abuser de ma résistance
physique en me faisant découvrir des recoins de
Une fois dans ma chambre, j’ouvre mon portable. Comme je m’y attendais un peu, mon voisin, m’avait envoyé un e-mail.
« Je
poursuis mes recherches concernant le dénommé « Papa III ».
Pas facile de trouver quelqu’un sur le net avec comme seule piste un
pseudonyme. Chose certaine, il ne
chatte pas sinon je l’aurais aisément retracé.
Je te redonne des nouvelles. Den »
Den, c’est mon voisin depuis plusieurs années.
Il y a environ trente-cinq ans, il est devenu paraplégique suite à un
accident d’automobile. Alors âgé
de seulement vingt-six ans, il s’est découvert une véritable passion pour
les ordinateurs. Le hasard faisant
bien les choses, il s’est vite aperçu qu’il était très doué pour cette
nouveauté sur le marché. Et quand
l’Internet s’est mis de la partie, il s’est mis à y voyager avec autant
de facilité que Wayne Gretzky amassait des points lors de ses meilleures années
dans
L’épouse de Den (Denis de son vrai prénom) s’appelle Raymonde.
Ils ont trois enfants qui les visitent régulièrement.
Naturellement, dès qu’un problème survient avec mon ordi, mon
voisin se fait un plaisir de me dépanner. Et
pour ne pas être en reste, quand je le peux, je leur rends à mon tour des
petits services tels : tondre leur gazon, aider à rentrer leur bois à
l’automne, laver leur auto, etc. En hiver, je complète souvent le travail du déneigeur
une fois que ce dernier eut ouvert leur cour avec son tracteur.
Mais Den est beaucoup plus qu’un sympathique et serviable voisin pour
moi. Un peu à sa façon, il est
aussi devenu accroc à la navigation aérienne.
Mais comme il ne peut voyager physiquement, il se défoule en le faisant
via Flight Simulator. C’est
fou ce qu’on s’amuse, tous les deux, avec ce prodigieux logiciel, quand je
ne suis pas en train de « m’envoyer en l’air », comme en ce
moment pour mon tour du monde.
Anyway, Den « voyage » en ma compagnie puisqu’il est
en quelque sorte mon navigateur à distance.
Entre autres, il prépare mes itinéraires et me fait rapport des prévisions
météorologiques qui m’attendent jusqu’à ma prochaine escale.
Il est tellement méticuleux qu’il va jusqu’à effectuer des
recherches approfondies à savoir si, dans tel ou tel pays, je peux y atterrir,
sinon en totale, du moins en relative sécurité.
Encore un peu, il appellerait le mécano en chef de chaque aéroport afin
que chacun d’entre eux soit aux petits oignons avec moi.
Un vrai papa gâteau que je vous dis.